Chapelle Saint Nicolas

 

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LA CHAPELLE St NICOLAS du BINIO

 

A 5 km du bourg, en direction de Monteneuf.

 

Le Binio est un village très ancien et marqué par l’Histoire. On a cru qu’il doit son nom à saint Winoch (Winiau= Binio), qui y aurait fondé un monastère vers 650. La première chapelle aurait été construite vers 850, sur l’emplacement d’un temple ou d’un monument païen, en bordure de la voie romaine dite « chemin de Corsal(Corseul), au sommet d’une colline d’où le regard s’étend à cinq ou six lieues. Le Binio est un beau point d’observation : on y voit très loin.

 

 De la même époque, daterait le premier château du Binio qui fut, peut-être reconstruit et fortifié avant d’être détruit pendant la guerre de cent ans (1337 – 1475). On y voyait encore les ruines en 1682.

Qui évangélisa Le Binio ? Est-ce Saint Armel, 6e siècle,  allant des Roschaux à Ploërmel ? Est-ce Saint Melaine, évêque de Rennes, 6e siècle, qui assura la conversion des riverains de l’Aff ? On pourrait plutôt pencher pour St Aubin, évêque d’Angers au 6e siècle, qui accomplit des tournées apostoliques chez ses compatriotes lorsqu’il allait d’Angers à son pays natal, Languidic. Il fut le premier patron du petit oratoire roman qu’on éleva à côté d’une croix monolithe sur la Grée de Binio. Et nous trouvons sa statue et sa fontaine au Binio.

 

Le Binio, autrefois seigneurie et frairie, est donc l’ancien Winiau dont le cartulaire de Redon fait plusieurs fois mention au 9e siècle comme étant alors l’une des résidences des Machtyerns d’Augan, de Guer, de Campénéac et de Ploërmel. Il est dit Winiau ou Winhol dans des actes de 833,834 et 846. Il appartenait alors à Rathwalart et à Riwalt, et il est indiqué comme Ran : terre noble ; hereditas : seigneurie héréditaire ; villa : château ; Tref : village en Augan et en Guer. Il est également question dans ces actes de la chapelle du Binio : altare de Ran – Winiau.

 

Quelques années après, les seigneuries et les moines durent fuir devant les invasions normandes et chercher un refuge dans les provinces voisines.  Deux siècles plus tard, les châteaux et les églises se relèvent de leurs ruines et l’on retrouve la seigneurie du Binio en la possession des Montauban, branche de l’illustre maison des Rohan, fondateurs et prééminenciers de l’église paroissiale d’Augan. Ils avaient en outre des châteaux à  Ruffiac, La Gacilly et le Bois de la Roche.

 

On trouve Renaud III de Montauban comme capitaine de Ploërmel de 1370 à 1373 : vainqueur des anglais à Gourhère en 1353, époux de Jeanne de Montfort, il est inhumé dans l’église de Néant en 1386. Son neveu Robert fut l’un des capitaines compagnons de Jeanne d’Arc et est aussi enterré dans l’église de Néant. 

 

Leurs droits étaient considérables :

 

Les seigneurs du Binio étaient les seigneurs fondateurs et prééminenciers de l’église d’Augan et de la chapelle du Binio, chapelle qui leur appartenait et dans laquelle ils avaient un enfeu prohibitif du côté de l’évangile et des écussons à leurs armes.

Ils avaient haute- justice, avec auditoire, pilori, cep et collier, et fourches patibulaires à trois pôts ; droit de trépas (de passage) sur toutes les denrées qui traversaient Augan.

Le grand Rôle du Binio s’étendait en Augan, Guer, Réminiac, Tréal, Caro et Ploërmel. Ses dîmes se percevaient en Augan, Monteneuf et Réminiac.

 

Leur seigneurie comprend :

– deux moulins dont l’un à eau appelé « moulin de Beaumoré » avec étang et chaussée situé aux vallées près du château ; l’autre , à vent, dit « Moulin de Pont Moréac » situé sur les landes.

– La maison noble et métairie de la Planche, celle de Trécesson en Campénéac ; neuf tenues au Plessis et au Col ; les maisons et terres de la Ville Fief, Beaurepaire, La Roche, Villeério, Hardouin, Ville Voisin, Bois du loup, Lemo, Trieux, Tourailles, Porcaro

– Droit de passage sur les denrées qui traversaient le pays

 

Les Montauban parurent comme seigneurs du Binio dans des actes de 1202, 1231, 1275 etc. Ils le portèrent par alliance en 1540 aux Volvire qui le possédaient quand le château fut détruit par les ligueurs vers 1592, et qui en vendirent les droits seigneuriaux aux Ermar, châtelains de la Grée – de – Callac.

 

L’influence du seigneur du Binio devait diminuer au 14e s. après leurs réunions vers 1350 aux seigneurs du Bois de la Roche, puis s’effacer presque entièrement à la destruction du château. Dès le 11e s. la seigneurie appartenait à la famille de Rohan. Les Montauban y furent maîtres pendant plus de trois siècles et c’est vers 1150 que l’on attribue la construction ou la reconstruction de l’église d’Augan sous le patronage de St Marc.

 

Renaud de Montauban épousa vers 1306 la fille unique de Guillaume du Breil, seigneur du Bois de la Roche : ils furent les parents de Guillaume de Montauban, le vainqueur du combat des Trente. On suppose qu’il fut inhumé dans la chapelle du Binio que son père venait d’agrandir

 

Tombée ou démolie, la chapelle (supposée) fut réédifiée vers 1400 par Guillaume de Montauban dont le château se trouvait en face de la chapelle, dans le parc actuel de la Grée de Callac. Le marquis de Bellevue a découvert son tombeau à la fin du 19e s. derrière le maître – autel. Une dalle en granit de 1,8m x 0,55 m porte sur le dessus un écusson frustre et en dessous, une inscription en caractères gothiques très effacés « GUILLEL…D..MON.. » Peut – être est – ce le fameux écuyer du Combat des trente (25 mars 1351) ; plutôt le chevalier de la Roche, du Binio, du Couédor de Gonneville, qui épousa en 1450 Orfraise de Sérent et mourut en 1486. Guillaume de Montauban agrandit donc la chapelle du chanceau dont il voulait faire son enfeu et il s’occupa du mobilier et de sa décoration. Il lui fit don d’une croix processionelle en argent, œuvre curieuse d’e l’orfèvrerie du XVe s. Ce fut peut-être lui qui relégua au fond de la chapelle le vieil autel curieux du X ou XIe s. en plaçant dessus une magnifique statue en bois de la Sainte Vierge de style XVe s. devant laquelle les mamans du Binio allaient rouler leurs enfants sur un coussin de grosse toile, pour qu’ils ne pleurent plus (Statue remplacée par la suite par celle de St Beriau)

 

C’est peut – être Guillaume de Montauban qui a mis St Nicolas à la place de St Aubin car il avait une dévotion spéciale envers lui : les Montauban ont fait les croisades et ont ramené des reliques du grand saint  si vénéré en Orient. On retrouve St Nicolas dans leur chapelle à La Gacilly et St Nicolas du Tertre par exemple. La statue de St Nicolas du Binio est la reproduction exacte de celle de la Gacilly.

 

La chapelle est encadrée de trois énormes ifs et son enceinte murée abrita, de la fin du 16e s. au début du 18e s. un cimetière où furent faites de nombreuses inhumations. Les seigneurs du Binio, de la Grée et du Verger avaient des enfeux à l’intérieur. On cite Jeanne Le Bréhaut, dame du Verger en 1657, Julien Errien, son époux en 1658 ; Mathurine de l’Hospital en 1683 ; Julienne Thomas, épouse de joseph Robelot, seigneur du verger, en 1732. On trouve aussi un chapelain du Binio, Pierre Launay, en 1683. Beaucoup de mariages y furent célébrés  de 1592 à 1684 : en 1667, M. Flageul en Guer, seigneur de la T… et demoiselle Yvonne du Bois…

 

Elle fut restaurée en 1840

Avant 1900, on voyait encore des traces de rectangles plus verdoyants dans le cimetière, indiquant des emplacements de tombes. Il est probable qu’avant le 17 e s. les habitants se sont enterrés là, laissant aux seigneurs fondateurs et au clergé le chanceau ou chœur ou même l’intérieur de la chapelle. Les dalles facilitaient la tâche…

 

Description

 

C’est un bâtiment quadrangulaire simple. Le chœur est construit au 14e siècle dans le prolongement de la nef.  La grande fenêtre du chœur de style ogival, 15e/16e s. avait des restes de vitraux avec les écussons de la famille de Montauban, seuls ou en alliance avec la famille de Sérent. Ils n’ont pas été conservés. Le vitrail du pignon est de style flamboyant avec meneaux de granit ainsi que deux fenêtres dans les murs nord et sud. Donc, cette chapelle construite à l’époque romane, a subi des transformations successives à l’époque rayonnante et flamboyante, c’est-à-dire, que, bâtie au X ou XI e siècle, elle a subi des remaniements au XIII e et au XV e siècles, en attendant que la dévotion peu éclairée du XIXe siècle l’ait un peu abîmée…

 

A l’intérieur, derrière une balustrade en chêne, le grand autel en bois peint et sculpté, portant de chaque côté des statues également en bois peint.  Dans le milieu de la nef, appuyé au mur nord, un petit autel en pierre. Le plafond en bois, signale le marquis de Bellevue, était autrefois peint en rouge.

 

La partie extérieure est construite dans cet appareil que les archéologues qualifient d’ «incertum » car il emploie toutes les pierres rencontrées dans le sol environnant : du schiste, des blocs de quartz et de poudingues.

 

La partie médiane de ce mur présente un appareil beaucoup plus régulier et plus soigné. Un peu plus loin, vers l’est, une arête vive, en hauteur de la maçonnerie, montre que nous arrivons à une partie plus récente assez mal adaptée à l’ancienne et qui correspond au chanceau ou chœur de la chapelle. Une porte en plein cintre, une fenêtre romane et une fenêtre rayonnante.

 

Le clocher est couvert en ardoises et se dresse au milieu du toit. Le 23 octobre 1731, on installa la cloche : elle fut nommée « Jeanne Françoise du Binio » et eut pour parrain François de St Rémy, chevalier de l’ordre royal et militaire de St LOUIS, pour marraine JEANNA  JACQUETTE Ermar  dame de la Grée de Callac. Cette cloche a disparu… du côté de Vannes. La cloche actuelle porte la date de 1634 et des lettres fort difficiles à lire.

 

OBJETS CLASSES par LES MOMUMENTS HISTORIQUES

 

1- Un Christ en croix sur une poutre de gloire en bois polychrome : XVe/XVIe siècle : 130 cm. Il est un peu restauré en 2006. Sur la même poutre, une statue de Saint Jean peut – être en bois polychrome, mais il est curieux de ne pas trouver la statue de Marie de l’autre côté.

 

2- Une statue de St Sébastien en bois polychrome : XVIe siècle. H 0,95 m x 1,28 avec l’arbre x0,80.  Les mains liées derrière le dos à un arbre en forme de palme, il est représenté lors de son supplice, les reins ceints d’un pagne, et criblé de flèches dont les marques seules restent. Fête le 20 janvier.

 

3- Une statue de la Vierge à l’Enfant, bois polychrome : XVe/XVIe siècle. H. 1,13 m x 0,050. Vierge, tête nue, les cheveux tombant sur les épaules, tenant sur le bras gauche l’enfant Jésus, tête nue, retenant de ses deux mains un livre ouvert sur ses genoux. (La main droite de la Vierge ouverte et tendue est rapportée et moderne)

 

4- Une statue de St Aubin, bois polychrome :XVe/ XVIe siècle. H 1,22 m x 0,08. Né dans l’évêché de Vannes, abbé de Tintillant, avant de devenir évêque d’Angers où il mourut en 560, il est représenté en habits pontificaux, mitré et bénissant. Fête le 1er mars

 

5- Une statue de St Winoch, (d’où vient le nom Binio)  bois polychrome : XVIIIe siècle. H 0,80 x 0,055. Statue très endommagée où l’on reconnaît un évêque mitré, portant chasuble, dont les deux mains ont disparu. Saint Winoch      (comme Gwenneg en breton et vindo en gaulois = blanc) est originaire du pays de Galles,où il est connu sous le nom de St Winnow, ou d’Armorique où il serait un neveu du roi Judicaël qui a vécu à Gaël et de St Josse. Il a fondé un monastère à Wormhout où il meurt en 1717. Fête le 6 novembre.

 

6- Une statue de St Nicolas, bois polychrome : XVIIIe siècle. H 1,39 m x 0,050. Patron de la chapelle, il est représenté en évêque mitré, vêtu de la soutane, du surplis et d’une chape. Tenant sa crosse de la main gauche, il bénit de l’autre main. Fête le 6 décembre. Né vers 270 en Asie mineure, il est élu évêque de Myre, actuellement Demre en Turquie.  Après avoir souffert pour la foi, il participe au 1er concile de Nicée en Turquie en 325 : sa signature figure sur les Actes du Concile. Il meurt le 6 déc. entre 345 et 362. Son corps fut apporté à Bari en Italie le 9 mai 1087. St Nicolas passe pour avoir été un très grand thaumaturge (don des miracles). Il est le patron de la Lorraine, des navigateurs, des jeunes filles sans dot, des enfants sages. La légende de St Nicolas et des trois petits enfants est connue par une célèbre chanson.

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7- Un Christ en croix fleurdelisée : bois polychrome : XXe siècle. : posé sur socle en bois

 

8- Une Statue de St Berriau, transformée en ange porte – cierge, polychrome XVIIe s ? H 0,51 m. Représente un enfant joufflu et frisé en soutane et surplis qui ne peut être qu’un angelot mais que la tradition désigne comme saint Berriau, guérisseur d’enfant.  Cette statue est visitée par des mamans dont l’enfant n’arrête pas de pleurer : en roulant l’enfant sur un coussin et en piquant une épingle dans la tête de st Biriau ou st Beriau (mot patois qui veut dire pleurer), elles pensent arrêter les pleurs…. On pourrait aussi l’attribuer  à St Armel invoqué sous le nom de saint Armel « Beurriou » : car on prétend que c’est lui qui apprit aux ménagères du pays de Ploërmel à faire le beurre.

9- Un calice, argent ciselé et repoussé, début du 19e s. avec l’inscription : « frairie du Binio ».  Il est conservé à la sacristie de l’église d’Augan.   

 

10- Une croix de procession du 16e s. de 0,40 x 0,29 en bois recouvert de cuivre. Sur la face, le Christ en croix ; sur le revers, au centre, l’agneau avec l’étendard, en dessous une vierge à l’Enfant ; huit médaillons aux bouts des branches dont quatre représentent les évangélistes. Cette croix, est, contre la volonté expresse des habitants du Binio et du recteur, conservée à Vannes par les Antiquités et Objets d’Art.

 

11- Statue de Se Barbe XVIe s. en bois. Elle tient dans la main gauche un objet pouvant être identifié à une tour (certains pensent à un vase qui ferait penser à se Marie Madeleine). Cette statue était-elle sur la poutre de gloire autrefois ? C’est peu probable car les poutres de gloire ont habituellement Marie et St Jean de chaque côté  de la croix.

 

12- Il faut désormais ajouter une nouvelle statue  de St Nicolas, en bois de châtaignier (mitre en noyer) réalisée et offerte par Guy Launay de Monteneuf originaire du Verger avec un piédestal en fer forgé (chaîne de faneuse ; plateau de vieille botteleuse ; 2colonnes de pièces de coover-croop ; embrayage de section de faucheuse ; socle de dents de vibreuses) créé et offert  par son frère François Launay du Verger. Cette statue a été mise en place et bénite le 25 mai 2006, à l’occasion du pardon. 

 

L’ancienne pierre d’autel serait dans une maison du village. Pourquoi et comment ?….

 

Autrefois, la chapelle avait un magnifique bahut ou coffre en chêne sculpté, pourvu d’une serrure très compliquée en fer forgé, où les marguilliers de la chapelle enfermaient les choses précieuses : un calice d’argent, deux missels, des aubes de dentelle, de vieux ornements de soie. Entre autre, deux dalmatiques blanches dont la soie teinte en rouge fut utilisée  pour faire les ornements rouges ordinaires de l’église d’Augan ; et la croix processionnelle. Ce bahut, très visité par les marchands d’antiquités, a disparu durant la guerre 1914/1918…

 

Ajouter un ensemble d’objets de piété populaire de la 1ère moitié du 20e siècle, inscrit non classé, réalisé au couteau et avec un tour à bois de sa fabrication   par Lucien-Joseph EONO, sacristain de la chapelle pendant 31 ans et diplômé d’honneur en 1953.  Sa photo est au fond de la chapelle.

 

1-  Une Chapelle vitrée contenant une maquette d’autel, des statuettes et un mécanisme musical, bois et métal.

2- Une Chapelle du Sacré – Coeur avec chemin de croix actionné par un mécanisme en bois et métal 

3- Une Chapelle de la Vierge avec couronne de mariée et statuettes (bois, tissus, métal etc…) 

4- Un petit Autel funéraire en bois et tissu

5- Un Cantorame(guide-chants) mécanique en bois, papier, métal. Mécanisme rouillé, détérioré

6- Un Christ en croix de 1935

 

La fontaine St Nicolas

Située à l’ouest de la chapelle sur un terrain  désormais privé depuis le remembrement, elle a une forme carrée de 1 m x 1 m,  une profondeur de 2 m  et 1,50 m. d’eau en pleine sécheresse de l’été 2005. Un mur en simple appareillage s’élève sur trois côtés. L’entrée et le dessus sont fermés avec des tôles. Elle ravitaillait autrefois le haut du village.

 

La fontaine saint Aubin

Située au bas du village, le long d’un chemin de remembrement, profonde de 1,80 m, elle avait 1,30m d’eau en octobre 2005, en pleine période de sécheresse. Elle est en maçonnerie recouverte de tôle. Une niche vide dans le mur du fond à l’intérieur a dû abriter la statue de St Aubin autrefois (peut – être même celle de St Nicolas, au dire de certains)  Ses abords sont marécageux. Son eau passait pour guérir toutes sortes de maux  de têtes ou de ventre. On y venait de loin et on emportait une provision. Elle ravitaillait autrefois le bas du village : la chaîne du seau est encore sur le rouleau à tourniquet.

(Extrait du travail de recherches du Père Brageul réédition 2010)

Avec nos remerciements à la paroisse pour cette autorisation

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